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Notre Dame de Pringy,"sanctuaire à répit"
L'importance donnée au baptême par le christianisme a posé très tôt la question du devenir des enfants morts avant d'être baptisés et, à fortiori, des enfants morts-nés. Dès le XIII° siècle, les théologiens ont imaginé pour eux un lieu "neutre", un état mal défini, ni paradis ni enfer, les limbes. Face à cette conception froidement fonctionnelle, la foi populaire a su trouver d'autres ouvertures. Sous des dehors naïfs, elles témoignent d'une espérance en la miséricorde de Dieu que les clercs mettront des siècles à admettre...
SAINTYVES (Pierre), En marge de la Légende
Dorée, 1931. |
Les anciens registres de l'église de Pringy ( célèbre par sa Vierge Noire), conservés aux Archives départementale, ont gardé trace de ces "miracles".Gabriel LEROY a transcrit quelques-uns de ces extraordinaires actes de baptême dans une brochure publiée en 1862 ( ADSM AZ 14840). « Le vingt sixiesme octobre mil six cent soixante et deux, a esté apporté un enfant mort-né, de la paroisse de Nandi, fils de Etienne Colin et de Catherine Colas, par Marie Bourneant, et iceluy enfant exposé devaint l'imaige de Ste Vierge, mère de N.S.J.Ch, dans la chappelle du prioré de Pringy; lequel par les prières de lad. Ste Vierge, a montré des signes de vie, comme de seigner par lune des narines et par le nombril; et s'est pris à jetter, par le vent de son souffle, une plume que l'on avait mise sur sa bouche; et ensuite, a esté, iceluy enfant, ondoyé par Claudine Vignier, sage-femme du dit Pringy; présents la dite Bourneant, Simonne Delacroix, veuve de feu Toussaint Tourbillon, Guy Delacroix, Marie Delacroix, qui me l'on attesté ce vingt sixsième octobre 1662, et est enterré dans le cimetière ». G.Prime, curé La hiérarchie de l'Eglise s'était
depuis longtemps opposée à ces pratiques. L'évêque
de Sens, dont dépendait Pringy, les avait faites interdire
par un synode en 1524. Les évêques de la Contre-Réforme
catholique, surtout s'ils étaient "jansénisants"
comme Mgr de Gondrin, y étaient particulièrement vigilants.
La visite
pastorale de 1672 en témoigne : Baume, Curé |
Au début du XVIII° siècle, le fait n'a rien d'exceptionnel
comme en témoigne le gros "Traité des superstitions selon
l'Ecriture Sainte, les décrets des Conciles et les sentiments des Saints
Pères, et des théologiens" par M. Jean-Baptiste Thiers, paru
en 4 volumes à Paris de 1697 à 1704 (Bibliothèque
de Melun, fonds ancien, D° 3033). L'étude très détaillée
de Pierre Saintyves, citée plus haut, étudie le phénomène
sous un angle "folklorisant" et quelque peu "rationaliste".
Le sujet a été entièrement repris, dans une approche inspirée par l'histoire des mentalités, dans GELIS (Jacques) L'arbre et le fruit, la naissance dans l'Occident moderne, XVI°-XIX° siècle, Fayard, Paris, 1984. : « Ces sanctuaires de vie ont été fréquentés du XIV° au XIX° siècle, principalement en Flandre, en Picardie, en Alsace, en Lorraine, en Bourgogne, en Savoie, en Provence et en Auvergne. Quelques 260 sites, certains occasionnels, d'autres d'une étonnante permanence ont été recensés en France; des dizaines d'autres en Belgique, en Allemagne méridionale et rhénane, en Suisse, en Autriche et en Italie du Nord. La fréquentation des "sanctuaires à répit" constitue sans doute l'une des manifestations les plus durables, les plus profondes et en même temps les plus secrètes de la religion populaire en Europe occidentale».
Et plus récemment Jacques Gélis, Les enfants des limbes. Mort-nés et parents dans l'Europe chrétienne, Paris, Audibert, 2006.
Sur la Vierge "Noire" de Pringy, on peut consulter la notice qui lui est consacrée dans : FORGEARD (Laurence), L'âge d'or de la Vierge et de l'Enfant, le XIV° siècle en Seine et Marne, Editions du Chêne, Paris, 1995. |
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