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QUAND NOS ANCÊTRES VIVAIENT DE LA VIGNE  ( 2/5 ) 

Aux origines

A la veille de la Révolution

Vignerons de la tradition

La fin d'un monde

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Au XVIIIème siècle, pour l'Intendant royal, Saint Fargeau et les hameaux voisins, avec leurs 140 "feux" (600 habitants ?) et 3500 livres de "taille", forment une "bonne et grosse paroisse". Si les plaines à blé sont aux seigneurs, aux horsains et aux gros fermiers, les gens du pays tiennent le coteau. Vers 1789, la vigne occupe 170 ha sur les pentes de la Seine et du ru de Moulignon, près de 30% des surfaces cultivées. Elle assure, bon an mal an, 40% du revenu agricole et nourrit une population nombreuse. Pendant des siècles, on naît de vignerons, on se marie entre enfants de vignerons, on meurt fièrement "vigneron" : inventaires après décès, contrats de mariage ou terriers dessinent un terroir emietté, une mosaïque de minuscules parcelles amoureusement cultivées  par de petits propriétaires..

Pourtant les années se suivent et ne se ressemblent pas. "En 1781, il y eut une si grande abondance de vins que les plus anciens ne se sont point souvenus d'entendre dire de leurs ancêtres qu'il y en avait eu de pareille" et... les prix s'effondrent sur le marché parisien ! Par contre, après le terrible hiver de 1709, il avait fallu quatre ans pour retrouver une récolte correcte.  Les prières à St Vincent, patron des vignerons, vénéré dans l'église de St Fargeau, ne sont pas d'une efficacité absolue contre la grêle, le gel ou la sécheresse ni contre le passage des armées en temps de troubles. La dîme prélevée pour l'Eglise, perçue comme une forme d’assurance, et les droits de pressoir (dont l’entretien coûterait trop cher à un individu) sont assez bien acceptés.Mais l'ennemi juré du vigneron et du cabaretier, c'est le fisc, le contrôle des aîdes chargé de percevoir droits et taxes. Le cahier de doléances de 1789 en témoigne : " la perception des aîdes sur le vin devient très onéreuse..depuis 5 ou 6 livres par pièce suivant le prix de vente..

 

On accorde à chaque vigneron 4 pièces de vin pour sa boisson, s'il en boit plus, il paie; s'il en donne une pièce à son frère, il paie; s'il a deux caves et qu'il transporte du vin d'une cave à l'autre, il paie; de sorte que le vin n'a de franchise qu'après qu'il est bu ! " Alors on fraude : quand le père est vigneron à Tilly et le fils aubergiste à Ponthierry les contrôles sont difficiles et les visites de caves tournent parfois à l'émeute. Le péage de Ponthierry est aussi très impopulaire: le 30 décembre 1789, les receveurs sont empêchés de percevoir les droits "par une populace ameutée, menée par le maire séditieux Desforges, la municipalité de Ponthierry et des gens amis armés secrètement".
Heureusement, autour du vieux pont sur l’Ecole, la nouvelle route royale a fait naître, depuis 1680, relais de chevaux et de poste, auberges et hôtelleries. Au Lion d’Or, à l’Ecu de France, au Grand Cerf, on loge "à pied et à cheval", on se restaure, on y boit le petit vin du pays. Une grande partie de la production est consommée sur place, le surplus alimente le marché melunais ou parisien.  

© Jean ROBERT

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