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1802- Demande d'un pasteur au choix de la commune (un bon tiens vaut mieux que deux tu l'auras ! )
 

En 1793, la "vague déchristianisatrice" avait touché St Fargeau et le curé constitutionnel, Mercier,  avait dû abandonner la paroisse. Dès 1795, le culte avait été assuré sporadiquement par un laïc puis par des prêtres réfugiés dans les environs, les frères Amy et Balna. Mais, à la signature du Concordat, l'évêque tente de réorganiser le diocèse: il nomme à St Fargeau un certain Vallin. Les paroissiens adressent alors au préfet cette pétition, petit chef d'oeuvre de diplomatie épistolaire. (Avril 1802, ADSM 1 V 33)

Signature du Concordat (15 juillet 1801), estampe de l'époque


"Encouragés par l'exemple de plusieurs communes qui ont obtenu de vous et de Monsieur l'Evêque de Meaux un pasteur de leur choix, nous vous supplions d'accorder à nos voeux le citoyen Balna qui exerce aujourd'hui les fonctions du culte catholique au milieu de nous.

Appelé en 1791 pour y desservir la succursale de Moulignon, il s'était concilié notre estime par une aménité de moeurs, une simplicité de caractère et un esprit de paix vraiment remarquable. Ecarté des autels dans ces temps malheureux où les temples de la religion furent ouverts aux novateurs et fermés à ses ministres, il emporta nos regrets et nos voeux pour des temps plus opportuns. Rentré dans ses fonctions dès que son zèle a cessé d'être dangereux, nous l'avons en quelque sorte disputé à la commune de Saint Sauveur et nous pouvons dire que nous nous sommes fait un besoin de l'avoir parmi nous.

Sans doute, nous en recevrions un autre et nous respecterions votre choix. Mais puisqu'il est vrai que la certitude d'un bien connu est préférable à l'espoir d'un mieux incertain; puisqu'il est vrai encore que le meilleur garant d'un succès d'un ministre du culte dans sa nouvelle carrière est la confiance des fidèles au milieu desquels il doit l'exercer; puisqu'il est vrai enfin que vous accueillez avec bonté le vœu des communes, nous vous adressons le notre avec confiance. Il est dicté, Citoyen Préfet, par des sentiments qui vous sont chers, par l'amour de la paix, par un désir sincère de voir la religion de nos pères reprendre parmi nous, sans contrainte et sans efforts, sa salutaire influence.
Nous sommes avec respect, Citoyen Préfet, .........

suivent une cinquantaine de signatures "

Cette pétition devait atteindre son but puisque le 31 décembre 1836 le doyen de Melun annonçait à son évêque  le décès de Jean Balna, curé de St Fargeau : "...sa mort laisse beaucoup de regrets parmi ses paroissiens avec lesquels il a passé quarante ans de sa vie."(Archiv.diocés.) Ce cordelier de Melun avait dû quitter son couvent à la dissolution des ordres monastiques en 1790. Vicaire à Moulignon en 1791, il s'était ensuite réfugié à St Sauveur. Revenu à St Fargeau en 1801, il y passera le reste de sa vie. La pénurie de prêtres, sous l'Empire et la Restauration, l'amène à courir toute la région: il célèbre baptêmes, mariages ou obsèques dans les paroisses environnantes. Après avoir traversé les épreuves de la Révolution, il survivra encore à l'épidémie de choléra de 1832.  Rien d'étonnant à ce que le maire de St Fargeau, demandant un successeur à l'évêché, souligne que "ce poste exige, outre le zèle ordinaire de MM. les ecclésiastiques, de la force phisique (sic)"....

Curé de campagne sous le règne de Louis-Philippe, d'après un tableau de François Grenier.

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